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L'Île mystérieuse

Jules Verne 3 min de lecture
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**Contexte :** En 1865, pendant la guerre de Sécession, cinq prisonniers nordistes s'échappent en ballon d'une ville assiégée. Pris dans une terrible tempête, ils dérivent pendant plusieurs jours avant de s'échouer sur une île déserte et inconnue, au milieu de l'océan Pacifique. Le groupe est composé de Cyrus Smith, un ingénieur brillant ; Gédéon Spilett, un journaliste ; Nab, le fidèle serviteur de Cyrus ; Pencroff, un marin courageux ; et Harbert, un jeune garçon. Après avoir survécu au naufrage, ils explorent leur nouvel environnement.

**Extrait emblématique : L'Exploration et la Découverte de l'Île (Chapitre 5 adapté)**

Le lendemain, 30 mars, après un déjeuner sommaire composé de mouettes et d'œufs, l'ingénieur Cyrus Smith proposa de gravir le sommet de la haute muraille qui dominait la plage. Il s'agissait de connaître cette île sur laquelle le hasard les avait jetés. La perspective était immense et pouvait répondre à la question la plus importante : « Sommes-nous sur une île ou sur un continent ? »

La petite troupe se mit en marche. Nab emporta des provisions, au cas où le repas ne pourrait se faire avant le soir. La pente était raide, mais les sentiers tracés par les animaux sauvages facilitaient l'ascension. Pencroff et Harbert, habitués aux bois, marchaient en tête, écartant les lianes et les branches. Derrière eux venaient Cyrus Smith et Gédéon Spilett, observant tout avec attention, tandis que Nab fermait la marche.

Après deux heures d'une montée parfois difficile, ils atteignirent une première plate-forme. La vue commençait à s'étendre. Vers l'est, l'océan s'étendait à perte de vue, borné seulement par la ligne d'horizon. Au nord, une côte découpée en caps et en baies se dessinait nettement. À l'ouest, une longue ligne de falaises limitait la vue. Mais c'était vers le sud que le regard de Cyrus Smith se porta avec une attention particulière.

« Voyez, dit-il à ses compagnons en désignant un point au sud-ouest. Ne dirait-on pas de la fumée ? »

Tous observèrent attentivement. En effet, une légère vapeur grisâtre semblait s'élever dans le ciel.

« Ce pourrait être un volcan, fit observer Gédéon Spilett.

— C'est probable, répondit l'ingénieur. Si cette île est d'origine volcanique, nous aurons peut-être à redouter des éruptions.

— Mais le feu du volcan pourrait aussi nous être utile, dit le jeune Harbert. Il nous donnerait la chaleur et peut-être des minéraux.

— Sage réflexion, mon garçon », approuva Cyrus Smith.

La petite troupe reprit son ascension. La végétation changeait ; les arbres devenaient plus rares, faisant place à des buissons épineux. Enfin, après un dernier effort, ils parvinrent au sommet de la falaise, qui formait un véritable plateau. Un cri d'étonnement leur échappa à tous.

Devant eux s'étendait une île entière, qu'ils pouvaient embrasser du regard. Elle avait la forme d'un gigantesque animal marin allongé sur les flots. Sa longueur était d'environ trente milles et sa largeur de quinze. Le relief était varié : des montagnes au centre, des forêts épaisses, une rivière qui serpentait depuis les hauteurs jusqu'à une vaste mer intérieure, et des plaines verdoyantes.

« Une île ! Nous sommes bien sur une île ! » s'écria Pencroff.

Cyrus Smith, silencieux, examinait chaque détail avec sa lunette. Pas une voile à l'horizon, pas le moindre signe d'habitation. L'île semblait absolument déserte.

« Puisqu'elle est déserte, dit le marin, nous allons la baptiser. Je propose de l'appeler l'Île Lincoln, en l'honneur de notre président ! »

La proposition fut adoptée à l'unanimité. Les naufragés étaient désormais les colons de l'Île Lincoln. Leur premier devoir était d'organiser leur survie. Cyrus Smith, l'esprit pratique, ébaucha déjà un plan.

« Mes amis, dit-il, nous avons sous les yeux toutes les ressources nécessaires. Ces forêts nous donneront du bois pour construire un abri. Cette rivière nous fournira de l'eau douce. Ces plaines pourront être cultivées. La nature est riche, mais elle exige du travail. Commençons par redescendre et choisir un emplacement pour notre première demeure. »

Le cœur plein d'espoir, malgré l'immensité de l'océan qui les isolait du monde entier, le petit groupe entama la descente. Ils n'étaient plus des naufragés désemparés, mais des explorateurs décidés à soumettre cette terre à leur intelligence et à leur courage.

Littera