Cinq semaines en ballon
Le docteur Samuel Fergusson, un explorateur anglais audacieux, avait conçu un projet extraordinaire : traverser le continent africain d'est en ouest en ballon. Personne ne croyait son entreprise possible, mais il était soutenu par son fidèle ami Dick Kennedy, un chasseur écossais, et par son serviteur Joe, un garçon dévoué et plein de ressources.
Leur ballon, nommé le Victoria, n'était pas un ballon ordinaire. Pour pouvoir voyager longtemps sans atterrir, le docteur Fergusson avait inventé un système ingénieux. Le Victoria était un ballon à gaz, rempli d'hydrogène, mais il possédait aussi un deuxième ballon à l'intérieur, appelé ballonnet. En chauffant l'air de ce ballonnet avec un appareil à gaz, le docteur pouvait faire monter le ballon sans jeter de lest. Pour descendre, il laissait simplement refroidir cet air. C'était une invention révolutionnaire !
Le grand départ fut fixé au 18 avril 1862. Le Victoria s'éleva majestueusement au-dessus de l'île de Zanzibar, sur la côte est de l'Afrique. Les trois aéronautes regardaient, le cœur battant, le paysage qui s'éloignait sous leurs pieds. Bientôt, la côte disparut, et ils planèrent au-dessus d'une immense forêt verte et touffue.
Les premiers jours du voyage furent paisibles. Le ballon avançait poussé par un vent favorable. Joe, toujours de bonne humeur, préparait le thé et le café sur le petit réchaud. Dick Kennedy scrutait l'horizon avec sa longue-vue, guettant le gibier, tandis que le docteur Fergusson notait soigneusement leurs observations sur sa carte.
Mais l'aventure ne tarda pas à montrer son vrai visage. Un jour, une bande d'oiseaux de proie, des vautours énormes, attaqua le ballon. Ils s'en prirent particulièrement au ballonnet de l'aérostat, le menaçant de leurs becs acérés.
« Attention ! » cria Kennedy. « Ils vont crever l'enveloppe ! »
Joe saisit précipitamment un fusil, mais le docteur l'arrêta d'un geste. « Non ! Une balle pourrait percer le ballon. Une autre idée ! »
Les vautours se rapprochaient, leurs cris sinistres emplissant l'air. L'un d'eux, plus gros que les autres, plongea droit vers le ballonnet, ses serres ouvertes. La situation était critique. Si le ballonnet était percé, ils perdraient le contrôle de leur altitude et s'écraseraient dans la jungle.
C'est alors que le docteur Fergusson eut une inspiration de génie. « Joe ! Le réchaud ! Vite, fais monter la flamme au maximum ! »
Joe obéit sans hésiter. Il ouvrit le robinet du chalumeau à plein régime. La flamme jaillit avec un ronflement, chauffant l'air du ballonnet à une température extrême. Le ballon se mit à monter à une vitesse vertigineuse.
L'effet fut immédiat et spectaculaire. Les vautours, surpris par cette montée soudaine et par la chaleur intense qui se dégageait maintenant du sommet du ballon, battirent en retraite avec des cris de frayeur. Le plus téméraire, qui était presque sur le ballon, reçut une bouffée d'air brûlant et s'enfuit, plumé et hurlant.
Le danger était écarté. Les trois compagnons poussèrent un soupir de soulagement. Le Victoria, après sa brusque ascension, se stabilisa à une altitude plus élevée, dominant de nouveau paisiblement l'immensité africaine.
« Bien joué, Samuel ! s'exclama Kennedy, essuyant son front. Tu les as fait cuire à distance ! »
Joe, riant aux éclats, ajouta : « Voilà des oiseaux qui ne reviendront pas nous rendre visite de sitôt ! »
Le docteur Fergusson, plus calme, expliqua : « La physique et le sang-froid sont nos meilleures armes dans ce voyage. Souvenons-nous en. »
Ils continuèrent leur route, survolant maintenant des montagnes et des rivières inconnues. Chaque jour apportait un nouveau paysage, une nouvelle merveille, mais aussi la promesse de nouveaux périls. L'Afrique, mystérieuse et sauvage, s'étendait sous eux, et leur aventure ne faisait que commencer.
