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Le Renard et la Cigogne

Jean de La Fontaine 2 min de lecture
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Le Renard et la Cigogne

Compère le Renard se mit un jour en frais, Et retint à dîner commère la Cigogne. Le régal fut petit et sans beaucoup d’apprêts : Le galant, pour toute besogne, Avait un brouet clair ; il vivait chichement. Ce brouet fut par lui servi sur une assiette : La Cigogne au long bec n’en put attraper miette. Et le drôle eut lapé le tout en un moment. Pour se venger de cette tromperie, À quelque temps de là, la Cigogne le prie. « Volontiers, lui dit-il ; car avec mes amis Je ne fais point cérémonie. » À l’heure dite, il courut au logis De la Cigogne son hôtesse, Loua très fort sa politesse, Trouva le dîner cuit à point : Bon appétit surtout ; renards n’en manquent point. Il se réjouissait à l’odeur de la viande Mise en menus morceaux, et qu’il croyait friande. On servit ; pour l’embarrasser, La dame avait fait les morceaux Dans un vase au long col et d’étroite embouchure. Le bec de la Cigogne y pouvait bien passer ; Mais le museau du sire était d’autre mesure. Il lui fallut à jeun retourner au logis, Honteux comme un renard qu’une poule aurait pris, Serrant la queue, et portant bas l’oreille.

Trompeurs, c’est pour vous que j’écris : Attendez-vous à la pareille.

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Explication adaptée pour les élèves :

Un jour, Maître Renard, qui était très malin, invita Madame Cigogne à dîner chez lui. Il voulait lui jouer un mauvais tour. Pour le repas, il prépara seulement un bouillon très léger, presque de l'eau claire. Il le servit dans une assiette plate et large. La Cigogne, avec son long bec fin et pointu, ne pouvait absolument rien attraper dans cette assiette. Elle essayait, mais le bouillon glissait et elle ne parvenait pas à en boire une seule goutte. Pendant ce temps, le Renard, avec sa large langue, lapait tout le bouillon en quelques secondes. La Cigogne repartit donc le ventre vide, sans avoir mangé, mais elle n'oublia pas cette mauvaise farce.

Quelques jours plus tard, ce fut au tour de la Cigogne d'inviter le Renard. Celui-ci accepta tout de suite, très content à l'idée d'un bon repas. Il arriva à l'heure, salua poliment son hôtesse et sentit une délicieuse odeur de viande cuite. Il se léchait déjà les babines. Mais quand la Cigogne apporta le plat, le Renard resta stupéfait. Elle avait préparé une soupe ou un ragoût délicieux, mais elle l'avait servi dans un grand vase au col très long et très étroit, comme une cruche. Avec son bec long et fin, la Cigogne mangeait facilement, en piquant les morceaux au fond du vase. Le Renard, lui, avec son gros museau, ne pouvait absolument pas entrer dans l'ouverture étroite. Il essaya, renifla, tourna autour du vase, mais ce fut impossible. Il ne put rien manger du tout. Il dut rentrer chez lui, le ventre vide, honteux et la queue entre les pattes. Il avait compris la leçon : on finit toujours par être puni quand on se moque des autres ou qu'on leur fait des méchancetés. La Cigogne lui avait rendu la monnaie de sa pièce.

Littera