fablece2-cm1simplicité

Le Rat de ville et le Rat des champs

Jean de La Fontaine 2 min de lecture
Mode Audio

Le Rat de ville et le Rat des champs

Autrefois le Rat de ville Invita le Rat des champs, D'une façon fort civile, À des reliefs d'ortolans. Sur un tapis de Turquie Le couvert se trouva mis. Je laisse à penser la vie Que firent ces deux amis. Le régal fut fort honnête, Rien ne manquait au festin ; Mais quelqu'un troubla la fête Pendant qu'ils étaient en train. À la porte de la salle Ils entendirent du bruit : Le Rat de ville détale, Son camarade le suit. Le bruit cesse, on se retire : Rats en campagne aussitôt ; Et le Citadin de dire : « Achevons tout notre rôt. » — C'est assez, dit le Rustique ; Demain vous viendrez chez moi. Ce n'est pas que je me pique De tous vos festins de roi ; Mais rien ne vient m'interrompre : Je mange tout à loisir. Adieu donc ; fi du plaisir Que la crainte peut corrompre ! »

(Version en prose adaptée pour faciliter la compréhension) :

Il était une fois un Rat qui vivait en ville, dans une belle maison. Il était habitué au luxe et aux bonnes choses. Un jour, il décida d'inviter à dîner son cousin, le Rat des champs, qui vivait simplement à la campagne.

Le Rat de ville prépara un festin magnifique. Il étala un beau tapis sur le sol et dressa la table avec soin. Il servit les restes d'un plat délicieux : des ortolans, de petits oiseaux très rares. Les deux rats s'assirent pour manger. Le repas était excellent, il y avait toutes sortes de bonnes choses.

Mais soudain, au milieu du repas, ils entendirent un grand bruit à la porte de la pièce. C'était comme des pas lourds et des voix humaines. Le Rat de ville, effrayé, s'écria : « Vite, cachons-nous ! » et il fila en courant vers son trou. Le Rat des champs, tout surpris, le suivit en tremblant. Les deux amis se blottirent dans un coin sombre, le cœur battant, sans faire un bruit.

Au bout d'un moment, le bruit cessa. Les gens étaient partis. Le Rat de ville sortit prudemment de sa cachette et dit à son cousin : « Allons, le danger est passé. Nous pouvons retourner à table et finir notre délicieux repas. »

Mais le Rat des champs était encore tout pâle d'effroi. Il répondit : « Non, merci, c'est assez pour moi. Demain, c'est à mon tour de t'inviter. Tu viendras dîner chez moi, à la campagne. Chez moi, je ne te promets pas un festin aussi riche. Nous mangerons simplement des grains de blé, des noisettes et des racines. Mais il y a un grand avantage : personne ne viendra nous déranger ! Nous pourrons manger en paix, sans avoir peur, en prenant tout notre temps. Chez toi, le repas était délicieux, mais la peur l'a gâché. Adieu. Un plaisir qu'on ne peut pas savourer tranquillement ne vaut rien. »

Sur ces mots, le Rat des champs salua son cousin et repartit vers ses champs, préférant sa vie simple et tranquille à tout le luxe agité de la ville.

Littera