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La Colombe et la Fourmi

Jean de La Fontaine 4 min de lecture
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LA COLOMBE ET LA FOURMI

Une Fourmi tombée au fond d'un ruisseau S'y noyait, et faisait tous ses efforts en vain. Une Colombe, alors, qui volait par là-haut, Vit le péril de la Fourmi, et soudain Lui jeta, par pitié, un brin d'herbe dans l'eau. La Fourmi grimpa dessus, et se sauva.

Peu de temps après, un chasseur, qui passait, Vit la Colombe, et, la prenant pour son gibier, Voulut la tuer d'un coup de son fusil. Mais la Fourmi, qui avait tout vu du bord, Piqua le pied du chasseur, au moment même Où il allait tirer. Le chasseur fit un cri, Manqua son coup, et la Colombe s'envola.

Ainsi, la petite Fourmi, par sa reconnaissance, Sauva la vie de la Colombe à son tour.

MORALITÉ

Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde : On a souvent besoin d'un plus petit que soi. De cette vérité deux Fables feront foi, Tant la chose, en preuves, abonde. Par les deux animaux que j'ai vus en ce lieu, Un autre, que les tiens, te fera voir la chose.

EXPLICATION POUR LES JEUNES LECTEURS

Imagine un petit ruisseau qui coule dans la forêt. L'eau est claire et fraîche. Une toute petite fourmi, pas plus grosse qu'un grain de sable, travaille près du bord. Elle cherche de la nourriture pour sa famille. Mais attention ! Elle fait un faux pas et... plouf ! La voilà qui tombe dans l'eau !

La pauvre fourmi se débat, elle essaie de nager, mais elle est si petite ! Les vagues, même toutes petites, sont énormes pour elle. Elle boit la tasse, elle s'épuise. Elle pense qu'elle va se noyer. Elle appelle à l'aide, mais sa voix est trop faible.

Heureusement, dans le ciel, une belle colombe aux plumes grises et douces vole paisiblement. Elle regarde le paysage. Soudain, son œil perçant aperçoit un petit point noir qui se débat dans l'eau. Elle se rapproche et comprend tout de suite : c'est une fourmi en train de se noyer !

La colombe a bon cœur. Elle ne se dit pas : "C'est juste une fourmi, ce n'est pas important." Non. Elle veut aider. Mais comment faire ? Elle ne peut pas plonger dans l'eau. Alors, elle a une idée géniale. Elle vole vers la berge, attrape avec son bec un brin d'herbe long et solide, et le laisse tomber juste à côté de la fourmi.

La fourmi, épuisée, voit ce brin d'herbe comme un radeau de sauvetage ! Elle rassemble ses dernières forces, s'accroche de toutes ses pattes, et grimpe dessus. Ouf ! Elle est sauvée ! Le brin d'herbe flotte et la conduit doucement vers le bord. Une fois sur la terre ferme, la fourmi, trempée mais vivante, regarde la colombe qui s'éloigne dans le ciel. Elle lui crie : "Merci ! Je n'oublierai jamais ce que tu as fait pour moi !" Mais la colombe est déjà loin et n'entend pas.

Quelques jours plus tard, la fourmi est redevenue forte. Elle reprend son travail. Elle grimpe sur une feuille pour mieux voir. Et là, horreur ! Elle aperçoit un chasseur. L'homme se cache derrière un arbre. Il a un long fusil. Il vise... qui ? La belle colombe qui est en train de boire à une flaque d'eau, sans se méfier du tout !

La fourmi n'hésite pas une seconde. Elle se souvient de son sauvetage. Elle doit agir vite ! Elle descend de sa feuille à toute vitesse et court, court, court vers le chasseur. Elle arrive près de son gros pied chaussé d'une botte. Sans réfléchir, elle le pique de toutes ses forces, juste au moment où le chasseur appuie sur la gâchette !

"Aïe !" crie le chasseur, surpris par cette douleur soudaine. Sa main tremble, le coup de fusil part n'importe où, dans les branches ! Le bruit effraye la colombe qui s'envole rapidement, saine et sauve.

Le chasseur, fâché, regarde son pied et voit la petite fourmi qui s'enfuit. Il ne comprendra jamais que cette toute petite créature vient de sauver la vie d'un oiseau.

La colombe, du haut des airs, a compris. Elle a vu la fourmi agir. Elle se dit que la gentillesse est une graine que l'on plante : un jour, elle donne un beau fruit. La fourmi, elle, est heureuse et fière. Elle a pu remercier celle qui lui avait sauvé la vie. Elles sont maintenant amies pour toujours, même si l'une vit dans les airs et l'autre sur la terre.

La Fontaine nous explique alors, dans sa morale, quelque chose de très important : il faut aider les autres quand on le peut, même s'ils sont très différents de nous, même s'ils semblent plus petits ou plus faibles. Parce qu'un jour, on ne sait jamais, c'est peut-être nous qui aurons besoin d'aide. Et celui qui nous aidera pourrait bien être "un plus petit que soi". La grandeur du cœur est plus importante que la taille du corps.

Littera