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La Reine des Neiges

Hans Christian Andersen 4 min de lecture
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Il était une fois un miroir magique, fabriqué par un méchant sorcier. Ce miroir avait un terrible pouvoir : tout ce qui était beau et bon devenait laid et méchant quand on le regardait dedans. Un jour, le miroir se brisa en mille morceaux qui volèrent à travers le monde entier. Si un petit éclat de verre entrait dans l'œil d'une personne, celle-ci ne voyait plus que le mal partout. Et si un éclat se plantait dans le cœur, le cœur devenait froid comme de la glace.

Dans une grande ville, vivaient deux enfants inséparables : un petit garçon nommé Kay et une petite fille nommée Gerda. Ils étaient voisins et s'aimaient comme un frère et une sœur. L'été, ils jouaient ensemble dans le jardin sur le toit de leur immeuble, où leurs grands-mères avaient planté des rosiers dans de vieilles caisses. L'hiver, quand la neige recouvrait tout, Kay venait chez Gerda et ils regardaient les flocons par la fenêtre.

Un soir d'hiver, alors que la neige tombait doucement, Kay s'écria soudain : « Oh ! Quelque chose m'a piqué au cœur ! Et aussi dans l'œil ! » C'était deux éclats du miroir du sorcier qui venaient de l'atteindre. À partir de ce moment, le gentil Kay changea complètement. Il se moqua de Gerda, déchira les roses qu'ils aimaient tant, et trouva tout laid et stupide. Il ne voulut plus jouer avec sa petite amie.

Peu après, un jour où il était allé faire de la luge sur la grande place, il attacha son traîneau derrière un grand traîneau blanc magnifique. Mais au lieu de s'arrêter, le grand traîneau partit à toute vitesse, traversa les portes de la ville et disparut dans la campagne enneigée. Kay avait reconnu la conductrice : c'était une dame vêtue d'une robe et d'un capuchon blancs, qui lui avait fait un signe de la main. C'était la Reine des Neiges !

Quand Kay ne revint pas, tout le monde le crut mort, noyé dans la rivière. Seule Gerda refusa d'y croire. Au printemps, elle décida de partir à sa recherche. Elle embarqua dans un petit bateau qui descendit la rivière. Le courant l'emporta loin, très loin. Elle arriva chez une vieille magicienne qui avait un jardin merveilleux. La magicienne, qui se sentait seule, voulut garder Gerda auprès d'elle. Elle lui fit oublier Kay en enchantant son jardin. Mais un jour, Gerda vit une rose et se souvint soudain de son ami. Elle s'enfuit du jardin enchanté.

Son voyage fut long et plein d'aventures. Elle rencontra un corbeau qui lui parla d'un prince et d'une princesse qui pourraient l'aider. Elle traversa une sombre forêt où des brigands la capturèrent. La fille du chef des brigands, une petite fille sauvage mais au bon cœur, la protégea et lui offrit son renne pour continuer son voyage. Le renne, nommé Bê, connaissait le chemin du palais de la Reine des Neiges, loin dans le Grand Nord.

Ils voyagèrent vers le nord, où il faisait de plus en plus froid. Ils rencontrèrent une femme lapone et une femme finnoise qui leur donnèrent des conseils et un message secret pour Gerda. Enfin, après des jours de voyage, ils arrivèrent dans le jardin de la Reine des Neiges. C'était un immense palais de glace, étincelant et vide. Les vents soufflaient en hurlant. Gerda, tremblante de froid mais pleine de courage, entra seule dans le palais.

Au milieu d'une immense salle aux murs de glace, elle trouva Kay. Il était assis, immobile, le visage pâle et les yeux fixes. Il jouait avec des morceaux de glace, essayant de former le mot « ÉTERNITÉ ». C'était le jeu que la Reine des Neiges lui avait imposé : s'il réussissait, il serait libre et recevrait le monde entier. Mais ses doigts gourds ne parvenaient pas à assembler les lettres. Il ne reconnaissait même pas Gerda. Son cœur était de glace.

Gerda se précipita vers lui, l'embrassa et se mit à pleurer. Ses larmes chaudes coulèrent sur la poitrine de Kay et pénétrèrent jusqu'à son cœur. La chaleur de l'amitié et de l'amour fit fondre le morceau de miroir magique. Kay, à son tour, se mit à pleurer. Ses larmes chassèrent l'éclat de verre de son œil. Enfin, il reconnut Gerda et s'écria : « Gerda ! Où étais-tu donc ? Et où suis-je ? » Autour d'eux, les blocs de glace dansaient de joie et tombaient pour former le mot « ÉTERNITÉ », sans qu'ils aient besoin d'y toucher. Ils étaient libres.

Le renne Bê les attendait. Ils partirent tous les trois vers le sud, vers la maison. Quand ils revinrent dans leur ville, c'était l'été. Les rosiers fleurissaient sur le toit, et les deux enfants, redevenus eux-mêmes, s'assirent ensemble, main dans la main. Ils avaient grandi, mais dans leur cœur, ils étaient restés les mêmes enfants innocents et bons.

Littera