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Germinal - La descente dans la mine

Émile Zola 4 min de lecture
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Étienne Lantier regardait le Voreux, la fosse de mine qui crachait des hommes à chaque remontée de cage. C'était son premier jour. Il allait descendre à six cents mètres sous terre.

La cage plongea d'un coup. Étienne eut l'estomac retourné. Autour de lui, les mineurs restaient impassibles, habitués à cette chute dans les entrailles de la terre. Les parois du puits défilaient, noires et suintantes.

En bas, ce fut d'abord l'obscurité totale, puis les yeux s'habituèrent à la faible lueur des lampes. Étienne découvrit un monde souterrain, un labyrinthe de galeries où des hommes rampaient comme des bêtes.

Les mineurs travaillaient couchés sur le flanc, dans des boyaux si étroits qu'ils ne pouvaient se tenir debout. Leurs pics attaquaient la veine de charbon dans un bruit sourd et régulier. La poussière noire emplissait leurs poumons. L'air était brûlant, irrespirable.

Mais ce qui frappa le plus Étienne, ce furent les enfants. Des gamins de dix, douze ans, qui poussaient les berlines chargées de charbon. Leurs corps maigres ruisselaient de sueur. Leurs yeux, dans leurs visages noirs, brillaient d'une fatigue résignée.

Quatorze heures de travail. Six jours par semaine. Pour un salaire de misère.

— Tu t'y feras, lui dit un vieux mineur en crachant noir. On s'y fait tous. Ou on meurt.

Étienne serra les poings. Non, il ne s'y ferait pas. Il y avait quelque chose de pourri dans ce monde où des hommes, des femmes, des enfants étaient traités comme des bêtes de somme pour enrichir des bourgeois qu'ils ne verraient jamais.

Littera