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Fables choisies

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Le Renard et les Raisins

Un Renard affamé, apercevant de belles grappes de raisins suspendues à une treille, fit tous ses efforts pour les atteindre. Il sauta, bondit, s'étira de tout son long, mais en vain. Les raisins étaient placés trop haut, et malgré ses tentatives répétées, le Renard ne put y toucher du bout du museau. Après s'être épuisé en vains efforts, il s'éloigna en disant, avec un air de dédain : « Ces raisins sont trop verts, ils ne sont bons que pour des goujats. »

Le Loup et l'Agneau

Un Loup, voyant un Agneau qui buvait à une rivière, voulut alléguer un prétexte spécieux pour le dévorer. C'est pourquoi, bien qu'il fût en amont, il l'accusa de troubler l'eau et de l'empêcher de boire. L'Agneau répondit qu'il ne buvait que du bout des lèvres, et que d'ailleurs, étant à l'aval, il ne pouvait troubler l'eau à l'amont. Le Loup, ayant manqué ce prétexte, en allégua un autre : « Mais, dit-il, l'année dernière tu as insulté mon père. » « Je n'étais pas encore né à cette époque, » répliqua l'Agneau. Alors le Loup, renonçant à toute discussion, s'écria : « Quand tu aurais cent bonnes raisons, je ne t'en mangerais pas moins ! » Et il se jeta sur l'Agneau et le dévora.

La Cigale et la Fourmi

La Cigale, ayant chanté tout l'été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue. Pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau. Elle alla crier famine chez la Fourmi sa voisine, la priant de lui prêter quelque grain pour subsister jusqu'à la saison nouvelle. « Je vous paierai, lui dit-elle, avant l'oût, foi d'animal, intérêt et principal. » La Fourmi n'est pas prêteuse ; c'est là son moindre défaut. « Que faisiez-vous au temps chaud ? dit-elle à cette emprunteuse. — Nuit et jour à tout venant je chantais, ne vous déplaise. — Vous chantiez ? j'en suis fort aise. Eh bien ! dansez maintenant. »

Le Lièvre et la Tortue

Le Lièvre se moquait de la lenteur de la Tortue. Celle-ci, un jour, lui dit en riant : « Tu peux être aussi rapide que le vent, mais je te battrai à la course. » « Tu te moques de moi, dit le Lièvre ; il faudrait que tu fusses folle pour parler ainsi. Mais voyons, faisons l'épreuve. » Ils convinrent du pari, et fixèrent le but. La Tortue partit à l'instant. Elle avait une lenteur constante et opiniâtre. Le Lièvre, dédaignant de courir, se coucha et s'endormit, pensant qu'il aurait tout le temps de rattraper la Tortue. Celle-ci avança toujours, d'un pas lent mais assuré. Quand le Lièvre s'éveilla, il vit que la Tortue était près du but. Il partit comme un trait, mais il avait trop tardé. La Tortue arriva la première.

Le Corbeau et le Renard

Maître Corbeau, sur un arbre perché, tenait en son bec un fromage. Maître Renard, par l'odeur alléché, lui tint à peu près ce langage : « Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau. Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage se rapporte à votre plumage, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. » À ces mots, le Corbeau ne se sent pas de joie ; et pour montrer sa belle voix, il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. Le Renard s'en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur, apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute. Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. » Le Corbeau, honteux et confus, jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

Le Chêne et le Roseau

Le Chêne un jour dit au Roseau : « Vous avez bien sujet d'accuser la Nature ; un Roitelet pour vous est un pesant fardeau. Le moindre vent qui d'aventure fait rider la face de l'eau, vous oblige à baisser la tête ; cependant que mon front, au Caucase pareil, non content d'arrêter les rayons du soleil, brave l'effort de la tempête. Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr. Venez sous mon feuillage, je pourrais vous couvrir. » Le Roseau lui répondit : « Votre compassion part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci. Les vents me sont moins qu'à vous redoutables. Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici contre leurs coups épouvantables résisté sans courber le dos ; mais attendons la fin. » Comme il disait ces mots, du bout de l'horizon accourt avec furie le plus terrible des enfants que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs. L'Arbre tient bon ; le Roseau plie. Le vent redouble ses efforts, et fait si bien qu'il déracine celui de qui la tête au Ciel était voisine, et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts.

Littera