Le Joueur de flûte de Hamelin
Il y a très longtemps, dans une ville d'Allemagne nommée Hamelin, un grand malheur arriva. La ville fut envahie par des milliers et des milliers de rats ! Ces rats étaient partout : dans les rues, dans les maisons, dans les greniers, dans les caves. Ils grignotaient les provisions, dévoraient le grain des greniers, mordaient les bébés dans leurs berceaux et faisaient un vacarme épouvantable avec leurs petits pieds qui couraient sans cesse. Les habitants étaient désespérés. Le maire et les conseillers de la ville ne savaient plus quoi faire. Ils avaient tout essayé : des pièges, des chats, des poisons. Mais pour chaque rat attrapé, dix autres semblaient apparaître ! Un jour, alors que le conseil municipal se réunissait une fois de plus pour chercher une solution, un étrange personnage frappa à la porte de la mairie. On fit entrer un homme grand et mince, vêtu d'un habit mi-partie rouge et jaune, avec un long manteau. Ses yeux pétillaient d'intelligence et à sa ceinture était accrochée une flûte de bois. « Bonjour, messieurs les conseillers, dit l'étranger d'une voix claire. J'ai entendu parler de votre problème avec les rats. Je suis un joueur de flûte itinérant, et j'ai un pouvoir particulier sur les créatures. Je peux vous débarrasser de tous les rats de Hamelin. » Le maire, un homme gros et important, le regarda avec scepticisme. « Vraiment ? Et comment comptez-vous faire cela ? » demanda-t-il. « Avec ma musique, répondit simplement le joueur de flûte. Ma flûte a un son magique que les rats ne peuvent pas résister. Ils me suivront partout où je vais. » Les conseillers se regardèrent, incrédules mais désespérés. « Et quel serait votre prix pour ce service ? » interrogea le maire. Le joueur de flûte réfléchit un instant. « Je vous demande mille pièces d'or », déclara-t-il. Les conseillers eurent un mouvement de recul. Mille pièces d'or ! C'était une fortune ! Mais en regardant par la fenêtre les rues grouillantes de rats, le maire prit une décision. « Soit ! s'écria-t-il. Si vous débarrassez notre ville de tous les rats, nous vous donnerons mille pièces d'or. Vous avez ma parole ! » Le joueur de flûte inclina la tête en signe d'accord. Sans attendre, il sortit dans la rue principale de Hamelin. Il porta sa flûte à ses lèvres et commença à jouer. Les premières notes s'échappèrent de l'instrument, une mélodie étrange, envoûtante, qui semblait venir d'un autre monde. D'abord douce, la musique devint plus entraînante. Et alors, un miracle se produisit. De tous les coins de la ville, des rats surgirent. Des petits, des gros, des noirs, des gris. Ils sortaient des maisons, des égouts, des granges. Ils se rassemblaient autour du joueur de flûte, hypnotisés par la musique. Leurs petits yeux brillaient d'une lueur fascinée. Lorsqu'une grande foule de rats l'entourait, le joueur de flûte se mit à marcher. Il quitta la grande place, descendit une rue, puis une autre, toujours en jouant sa mélodie magique. Et les rats le suivaient ! Ils formaient un fleuve gris et mouvant derrière lui, trottinant à son rythme, sans un bruit, totalement sous le charme. Le joueur de flûte conduisit ainsi la procession hors de la ville, vers la rivière Weser qui coulait à proximité. Sans s'arrêter de jouer, il entra dans l'eau jusqu'à la taille. Les rats, toujours hypnotisés, le suivirent. Ils se jetèrent tous dans la rivière et furent emportés par le courant. Pas un seul ne survécut. Le joueur de flûte cessa alors de jouer. Il retourna à Hamelin, trempé mais triomphant. La ville était silencieuse. Plus un rat en vue ! Les habitants sortirent de leurs maisons, incrédules puis joyeux. Ils dansaient, chantaient, se félicitaient. Le joueur de flûte se présenta à la mairie pour recevoir sa récompense. Mais le maire et les conseillers avaient changé d'avis. Maintenant que le danger était passé, mille pièces d'or leur semblaient bien trop. « Voyons, mon bon ami, dit le maire d'un ton condescendant. Vous avez simplement joué de la flûte pendant une heure. Ce n'est pas un travail si difficile. Voici cinquante pièces d'or, et considérez-vous heureux. » Le joueur de flûte pâlit de colère. Ses yeux étincelèrent. « Vous avez promis mille pièces d'or. Vous avez donné votre parole. Une promesse est une promesse. » Mais le maire et les conseillers se moquèrent de lui. « Allez-vous en ! Nous n'avons plus besoin de vous ! » Le joueur de flûte ne dit plus un mot. Un sourire étrange et froid apparut sur ses lèvres. Il sortit de la mairie, et une fois dans la rue déserte (car tous les habitants festoyaient), il porta à nouveau sa flûte à ses lèvres. Mais cette fois, il joua une mélodie différente. Ce n'était plus une musique sournoise et entraînante, mais une musique claire, joyeuse, pleine de promesses et de merveilles. Une musique qui parlait de pays lointains, de montagnes de bonbons et de rivières de limonade. Et alors, les portes des maisons s'ouvrirent. Les enfants de Hamelin sortirent. Les petits, les moyens, les grands. Ils avaient tous un sourire rêveur et avançaient comme dans un sommeil heureux. Ils suivirent le joueur de flûte, attirés par sa musique magique. Le joueur de flûte marcha, et les enfants le suivirent en dansant et en riant. Il les conduisit hors de la ville, vers la montagne. Lorsqu'ils arrivèrent au pied d'une grande colline, un passage secret s'ouvrit dans la roche. Le joueur de flûte y entra, toujours en jouant, et tous les enfants le suivirent à l'intérieur. Puis la porte de la montagne se referma derrière eux. Seul un petit garçon boiteux, qui n'avait pas pu suivre le rythme, resta en dehors. Il retourna à Hamelin et raconta tout. Les parents, fous de douleur et de regret, cherchèrent partout. Mais ils ne retrouvèrent jamais leurs enfants, ni le joueur de flûte. La ville de Hamelin était débarrassée des rats, mais elle avait perdu son plus grand trésor. Et depuis ce jour, pour se souvenir de la leçon, il fut décidé que toutes les promesses devaient être tenues, et que l'on devait toujours payer le prix convenu.
