Paul et Virginie
CONTEXTE : Paul et Virginie sont deux enfants élevés ensemble sur l'île de France (actuelle île Maurice). Ils vivent dans une nature paradisiaque, innocents et heureux, jusqu'à ce que Virginie soit envoyée en France par une tante riche. Après des années d'absence, elle revient enfin. Le navire qui la ramène est pris dans une terrible tempête, en vue de l'île. Paul, fou d'angoisse, assiste impuissant au naufrage depuis le rivage.
EXTRATIT EMBLÉMATIQUE : La tempête et le naufrage (Chapitre XII, adapté)
Le ciel se couvrit d'un voile noir qui s'étendait depuis le sommet des montagnes jusqu'à la mer. On n'entendait que les sifflements des rafales et le mugissement continuel des vagues. Des tourbillons de vent soulevaient l'écume du rivage, et projetaient au loin une bruine épaisse. Une multitude d'oiseaux de mer, poussés par l'ouragan, volaient en criant dans les anfractuosités des rochers.
Bientôt, des torrents de pluie se précipitèrent des flancs des montagnes. Des fleuves de limon roulaient avec fracas dans les vallées. La mer, soulevée de son lit, paraissait se confondre avec le ciel. Son mugissement affreux, joint à celui des vents et des rochers, formait un bruit si terrible qu'il semblait que la fin du monde fût arrivée.
Au milieu de cette confusion, on apercevait le vaisseau qui portait Virginie. Il était à l'ancre au-delà de la pointe, et n'osait en approcher, dans la crainte de se briser contre les écueils. On le voyait s'élever sur les vagues comme une montagne, et puis disparaître dans leurs abîmes. Tous les efforts pour le sauver étaient inutiles. Aucune chaloupe n'aurait pu tenir sur une mer si furieuse.
Paul, éperdu, voulut se jeter à la nage pour aller au vaisseau. On fut obligé de l'enchaîner. Il se tenait sur le rivage, les yeux fixés sur le navire, criant : « Virginie ! Ô ma chère Virginie ! » Son désespoir était si déchirant que tous les assistants pleuraient.
Tout à coup, on vit le vaisseau rompre ses câbles. Il fut porté vers le rivage, roulant comme un rocher détaché d'une montagne. Les matelots, perdant toute espérance, se jetèrent à la mer. Virginie, à la poupe, tendait les bras vers la terre où elle voyait Paul. Elle paraissait calme et résignée, mais une vague monstrueuse, s'élevant comme une montagne entre elle et lui, vint heurter le vaisseau avec un fracas épouvantable.
On entendit un cri universel, mêlé au bruit de la tempête. Le vaisseau disparut. On vit un instant Virginie sur la crête d'une vague, les mains jointes et les yeux levés au ciel. Puis tout fut englouti. La mer continua de gronder, et la pluie de tomber, comme si de rien n'était. Seul, le corps de Virginie fut rejeté plus tard sur le sable, un petit portrait de Paul encore serré contre son cœur.
Paul ne se releva jamais de ce coup. Il errait sur le rivage, appelant Virginie, et mourut peu après, consumé de chagrin. Ils furent enterrés côte à côte, à l'ombre des palmiers qu'ils avaient plantés enfants.
