Bel-Ami - L'ascension de Duroy
Georges Duroy venait de sortir du bureau où il travaillait et se dirigeait vers les Folies-Bergère. Il marchait ainsi qu'au temps où il portait l'uniforme des hussards, la poitrine bombée, les jambes un peu entrouvertes comme s'il venait de descendre de cheval.
Il était beau garçon, de taille moyenne, assez bien fait, avec une physionomie hardie ; ses yeux bleus, d'un bleu clair de faïence, percés d'une pupille toute petite, lui donnaient un air hardi et provocant.
Il sentait en lui le désir de réussir, de parvenir, de monter. En regardant les femmes, les belles femmes, il pensait : « Celles-là seront pour moi un jour. » En voyant les équipages, il se disait : « J'aurai le mien. »
Ce soir-là, dans la rue, il rencontra Forestier, un ancien camarade de régiment devenu journaliste. Forestier l'invita à dîner chez lui.
Ce fut le début de tout.
Duroy découvrit un monde nouveau : le journalisme, la politique, les salons, les femmes du monde. Il comprit très vite que, dans ce milieu, tout s'achetait et se vendait : les opinions, les réputations, les consciences. Et lui, Georges Duroy, n'avait qu'une chose à vendre : son charme, sa beauté, son audace.
Il les vendit au plus offrant.
D'aventure en aventure, de femme en femme, il gravit tous les échelons. Quelques années plus tard, il était directeur d'un journal influent et épousait la fille d'un richissime homme d'affaires. Le petit sous-officier sans le sou était devenu le baron Du Roy de Cantel.
