Troubles dys

Comprendre et accompagner la dyslexie

Dr. Claire Leblanc 15 janvier 2025 10 min

Comprendre et Accompagner la Dyslexie : Un Guide Bienveillant pour les Parents et Enseignants

Introduction

Votre enfant bute sur les mots, inverse les lettres, lit avec une lenteur qui vous inquiète. Les devoirs se transforment en bataille, la confiance en soi s’effrite. Et si ces difficultés persistantes avaient un nom : la dyslexie. Derrière ce terme souvent mal compris se cache une réalité partagée par des millions d’enfants et d’adultes brillants. Cet article n’est pas un simple catalogue d’informations, mais une main tendue. Son objectif ? Vous outiller avec des connaissances précises, démystifier les idées reçues et, surtout, vous montrer qu’avec un accompagnement adapté, chaque enfant dyslexique peut déployer ses formidables capacités. Accompagner la dyslexie, c’est avant tout comprendre pour mieux soutenir.

1. Qu'est-ce que la dyslexie exactement ? Au-delà des idées reçues

La dyslexie développementale est un trouble spécifique et durable de l’apprentissage du langage écrit. Elle est d’origine neurobiologique : le cerveau d’une personne dyslexique traite l’information linguistique différemment, en particulier dans les zones dédiées à la reconnaissance et au décodage des mots. C’est une différence de fonctionnement cérébral, présente dès la naissance et souvent héréditaire.

Il est crucial de comprendre que la dyslexie :

  • N’est pas une maladie, mais un trouble.
  • N’a aucun lien avec l’intelligence. De nombreux dyslexiques ont une intelligence supérieure à la moyenne.
  • N’est pas causée par un manque de stimulation, une mauvaise méthode de lecture ou des problèmes psychologiques.
  • Est indépendante de la motivation ou de la volonté. L’enfant dyslexique fournit souvent des efforts considérables pour un résultat qui semble minime.
  • Persiste toute la vie, mais ses manifestations évoluent et peuvent être largement compensées.
  • > A retenir : La dyslexie est un trouble durable d’origine neurologique qui affecte l’acquisition et l’automatisation de la lecture. Elle n’a aucun rapport avec les capacités intellectuelles.

    2. Les Signes d'Alerte : Observer pour Mieux Agir

    Les difficultés se manifestent différemment selon l’âge et les compensations mises en place par l’enfant. Voici des indices qui doivent attirer votre attention.

    En Maternelle (Les Précurseurs)

  • Difficultés avec les jeux de sons : rimes, comptines.
  • Troubles du langage oral : vocabulaire pauvre, phrases mal construites.
  • Mémoire à court terme fragile (difficulté à retenir une consigne simple).
  • Confusion dans les mots d’orientation spatiale et temporelle (droite/gauche, avant/après, hier/demain).
  • Difficulté à apprendre et à retenir le nom des lettres, des couleurs, des jours.
  • Au Cours Préparatoire (CP) et Début de Primaire

  • Lenteur et grande fatigabilité en lecture.
  • Difficulté à associer un son à une lettre (correspondance graphème-phonème).
  • Inversions de lettres (b/d, p/q) ou de syllabes.
  • Omissions, ajouts ou substitutions de lettres.
  • Incapacité à lire des mots irréguliers (ex: "femme", "monsieur").
  • Lecture hachée, sans fluidité, sans respect de la ponctuation.
  • Écart flagrant entre les compétences à l’oral (bonne compréhension, raisonnement) et les performances à l’écrit.
  • À Partir du CE2 et au Collège

  • Lecture toujours lente, laborieuse et peu précise.
  • Difficultés majeures en orthographe, souvent phonétique ("crane" pour "crâne").
  • Rejet des activités de lecture et d’écriture.
  • Difficultés en langue étrangère.
  • Problèmes d’organisation, de gestion du temps.
  • Faible estime de soi, anxiété scolaire, parfois refus d’aller à l’école.
  • 3. Le Diagnostic : Un Parcours Clarifiant et Libérateur

    Si plusieurs signes persistent malgré un enseignement adapté, il est temps de consulter. Le diagnostic n’est pas une étiquette, mais une carte de navigation pour comprendre les difficultés et mettre en place les aides adéquates.

    Qui Consulter ?

  • En premier lieu : En parler à l’enseignant et au médecin scolaire. Ils peuvent orienter vers un premier bilan.
  • Le professionnel clé : L’orthophoniste. C’est le professionnel de santé qui réalise le bilan diagnostique complet de la dyslexie. La prescription d’un bilan orthophonique est faite par votre médecin (généraliste, pédiatre ou médecin scolaire).
  • En complément : Un neuropsychologue ou un psychologue spécialisé peut évaluer les fonctions cognitives (attention, mémoire, traitement visuo-spatial) pour avoir une vision globale des points forts et des faiblesses.
  • Comment se Déroule le Diagnostic ?

    Le bilan orthophonique est approfondi (plusieurs séances). Il évalue :

  • La lecture (vitesse, précision, compréhension).
  • L’écriture et l’orthographe.
  • Le langage oral.
  • Les capacités métaphonologiques (conscience des sons).
  • La mémoire de travail.
  • À l’issue, l’orthophoniste établit un compte-rendu détaillé qui confirme ou infirme le diagnostic de dyslexie, en précise le type et le degré de sévérité, et propose un projet de soins (rééducation orthophonique).

    > A retenir : Le diagnostic, posé par un orthophoniste, est une étape essentielle pour sortir du flou et de la culpabilité. Il ouvre la voie à la rééducation et aux aménagements scolaires.

    4. Démystifier les Idées Reçues : Briser les Préjugés

    Idée reçue n°1 : "Il est paresseux, il ne fait pas d'efforts."

    C’est l’idée la plus néfaste. L’enfant dyslexique dépense une énergie colossale pour décoder un texte. Ce qui semble simple pour d’autres est pour lui un marathon cognitif. La fatigue et le découragement sont des conséquences, non des causes.

    Idée reçue n°2 : "Il n'est pas intelligent."

    Absolument faux. La dyslexie est indépendante du QI. De nombreux dyslexiques excellent dans des domaines qui ne sollicitent pas directement le langage écrit : arts, sport, ingénierie, entrepreneuriat, sciences. Ils développent souvent une grande capacité de raisonnement, de pensée en images et de résolution de problèmes.

    Idée reçue n°3 : "Il verra double ou à l'envers."

    Les confusions (b/d) ne sont pas un problème de vue, mais de traitement cérébral du symbole. Un bilan chez l’ophtalmologiste est nécessaire pour éliminer un trouble visuel, mais il ne suffira pas à expliquer la dyslexie.

    Idée reçue n°4 : "Il guérira avec de l'entraînement."

    On ne "guérit" pas de la dyslexie. En revanche, avec une rééducation spécialisée (orthophonie) et des stratégies de compensation, la personne peut atteindre un excellent niveau d’aisance en lecture et réussir brillamment ses études et sa vie professionnelle.

    5. Les Aménagements Scolaires : Adapter l'Environnement pour Réussir

    L’École a l’obligation de mettre en place des dispositifs pour assurer l’égalité des chances. Ces aménagements ne sont pas des privilèges, mais des béquilles nécessaires pour contourner le handicap.

    Le PAP (Plan d'Accompagnement Personnalisé)

    Mis en place à l’initiative de l’équipe pédagogique ou de la famille, il est destiné aux élèves dont les difficultés scolaires durables sont liées à un trouble des apprentissages. Il définit les aménagements pédagogiques concrets sans nécessiter de reconnaissance par la MDPH. Exemples : donner les cours à l’avance, privilégier les évaluations orales, autoriser l’utilisation d’un ordinateur.

    Le PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation)

    Si les difficultés sont plus sévères, une demande peut être faite auprès de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées). Le PPS organise la scolarité et peut prévoir l’attribution d’une AESH (Accompagnant d’Élève en Situation de Handicap) pour aider l’enfant en classe.

    Les Aménagements Concrets

  • Tiers-temps supplémentaire : 1/3 de temps en plus pour les contrôles et examens (brevet, bac, concours).
  • Utilisation d’outils informatiques : ordinateur avec correcteur orthographique, logiciel de reconnaissance vocale.
  • Adaptation des supports : police agrandie, interligne augmenté, textes aérés, photocopies de qualité.
  • Adaptation des consignes : reformulation, vérification de la compréhension.
  • Privilégier l’évaluation orale quand la forme écrite n’est pas l’objectif premier.
  • 6. 10 Stratégies Concrètes pour Aider à la Maison

    L’accompagnement familial est un pilier fondamental. Voici des pistes pratiques et bienveillantes.

  • Lisez à voix haute avec lui : Partagez le plaisir des histoires sans enjeu de performance. Vous lisez, il écoute et imagine.
  • Valorisez ses points forts : Encouragez ses passions (dessin, sport, musique, construction…). Cela restaure l’estime de soi.
  • Fractionnez le travail : 4 x 15 minutes sont plus efficaces qu’1 heure de lutte continue. Utilisez un minuteur.
  • Pour les leçons, privilégiez les canaux autres que l’écrit : Cartes mentales, enregistrements audio, films documentaires, manipulations.
  • Jouez avec les mots : Jeux de société (Scrabble Junior, Boggle), devinettes, "ni oui ni non". Rendez la langue ludique.
  • Aidez à l’organisation : Utilisez des codes couleurs pour les matières, un emploi du temps visuel, préparez le cartable la veille.
  • Faites équipe avec l’école : Communiquez régulièrement et positivement avec l’enseignant.
  • Soyez un coach, pas un professeur bis : Votre rôle est de soutenir, d’encourager. Laissez la pédagogie à l’orthophoniste et aux enseignants.
  • Gérez votre propre stress : Cherchez du soutien (associations de parents). Un parent serein est un meilleur soutien.
  • Célébrez les progrès, même infimes : Un mot bien orthographié, 5 minutes de lecture sans s’arrêter… Chaque petit pas est une victoire.
  • 7. Les Outils Numériques : La Technologie au Service des Apprentissages

    Le numérique offre des leviers extraordinaires pour autonomiser l’élève dyslexique.

  • Les polices de caractères adaptées : OpenDyslexic ou Lexie Readable sont des polices gratuites dont la forme des lettres aide à réduire les confusions.
  • Les lecteurs vocaux (synthèse vocale) : Ils lisent le texte numérique à voix haute. Exemples : Word (fonction "Lire à voix haute"), Adobe Reader, les extensions de navigateur comme Read&Write.
  • Les logiciels de prédiction de mots : Ils proposent des mots pendant la frappe, réduisant l’effort d’orthographe (ex: WordQ).
  • Les scanneurs et logiciels de reconnaissance de texte : Ils permettent de transformer un livre papier en fichier numérique, puis de le faire lire par synthèse vocale (ex: Scanner IRISPen).
  • Les applications d’aide à la lecture : Speechify (transforme tout texte en audio), LireCouleur (extension pour LibreOffice qui colore les sons).
  • 8. Témoignages Inspirants : Quand la Dyslexie Devient une Force

    La dyslexie n’est pas un obstacle à une réussite exceptionnelle. Elle forge souvent une pensée différente, créative et résiliente.

    * Pablo Picasso, l’un des plus grands artistes du XXe siècle, était dyslexique. Sa manière de décomposer et de recomposer le monde trouve peut-être une partie de ses racines dans sa perception visuelle unique.

    * Steven Spielberg, réalisateur de génie, n’a été diagnostiqué dyslexique qu’à 60 ans. Il a décrit comment, enfant, il mettait deux fois plus de temps à lire un script que les autres, développant une mémoire et une capacité de visualisation hors du commun.

    * Ingvar Kamprad, fondateur d’IKEA, attribuait à sa dyslexie sa capacité à simplifier et à systématiser, à l’origine du concept des meubles en kit et des noms de produits simples à mémoriser.

    * Keira Knightley, l’actrice britannique, a lutté contre la dyslexie dans son enfance. Le cinéma et le jeu de rôle lui ont permis d’exprimer son talent, et elle utilise aujourd’hui sa notoriété pour parler du trouble avec bienveillance.

    > Témoignage d’un parent : "Le diagnostic a été un tournant. Avant, on se disputait tous les soirs sur les devoirs. On le pensait têtu. Maintenant, on comprend. On a arrêté la guerre de la lecture. On écoute des livres audio en voiture, il excelle en judo et construit des maquettes incroyables. L’école a mis un PAP. Les notes ne sont pas encore excellentes, mais il va en cours le cœur léger. C’est ça, la vraie victoire." – Sophie, maman de Nathan, 10 ans.

    9. Ressources pour Aller Plus Loin

    Associations de soutien :
  • Fédération Française des DYS (FFDYS) : La référence nationale. Site riche en informations et en relais locaux.
  • APEDA France (Association de Parents d'Enfants en Difficulté d'Apprentissage) : Très active, propose des formations et du soutien.
  • Dysmoi : Une association qui diffuse une information positive et scientifique sur les troubles DYS.
  • Livres pour les parents et enseignants :
  • "100 idées pour venir en aide aux élèves dyslexiques" de Gavin Reid et Shannon Green.
  • "Le Tiroir coincé" de Anne-Marie Montarnal : Un classique pour comprendre le vécu de l’enfant.
  • "Mon cerveau a besoin de lunettes" (pour les TDA/H, souvent associés) et "La Dyslexie" dans la collection "Ton cerveau" du Dr Annick Vincent.
  • Livres pour les enfants :
  • "La Tête en désordre" de Delphine Pessin (roman à partir de 9 ans).
  • "Dyslexie : Avoir la tête qui fourmille, c’est génial !" de Fanny Catel et Géraldine Collet.
  • 10. Message d'Espoir et de Confiance

    Parent, enseignant, vous qui lisez ces lignes, retenez ceci : un enfant dyslexique n’est pas un enfant en échec, c’est un enfant qui apprend différemment.

    Le chemin peut paraître semé d’embûches, mais chaque obstacle surmonté forge une force incroyable : la persévérance, la créativité, la capacité à penser "outside the box". Votre rôle n’est pas de le "normaliser", mais de lui fournir les clés pour qu’il exploite son formidable potentiel.

    Aujourd’hui, les connaissances scientifiques et les outils pédagogiques n’ont jamais été aussi avancés. Avec un diagnostic précis, une rééducation orthophonique adaptée, des aménagements scolaires bien pensés et un environnement familial sécurisant et valorisant, votre enfant peut non seulement rattraper son retard, mais surtout construire une estime de soi solide.

    Il deviendra un adulte qui connaît ses forces, sait contourner ses faiblesses et apporte au monde un regard unique. Ayez confiance en lui, ayez confiance en vous. Vous n’êtes pas seuls. Accompagner la dyslexie, c’est finalement apprendre à voir la richesse d’une

    Envie d'aller plus loin ?

    Decouvrez nos textes adaptes et exercices de lecture

    EdTech AI Assistant